mercredi 5 juin 2013

Les griffes de l'ours



Les sites extraordinaires ne manquent pas en Chartreuse. Ce massif pourtant proche de deux grandes villes alpines (Grenoble et Chambéry) recèle quelques coins sauvages, peu fréquentés et souvent très spectaculaires.
Tout le monde connaît maintenant la célèbre arche située vers l'Aup du seuil, et qui est assaillie de randonneurs les week-end d'automne ou de printemps.
Mais il existe beaucoup d'autres sites, certes un peu moins grandioses mais qui valent largement une visite. C'est le cas de ce superbe monolithe appelé très poétiquement "la planche à laver", mais dont les grandes dalles striée de cannelures lui ont aussi donné naturellement le nom de "Griffes de l'ours".
Profitant enfin d'une journée de beau temps, je suis allé me promener ce mardi vers ce rocher qui m'a toujours intrigué.
Je me suis permis d'emprunter une image sur internet pour illustrer mon propos  car, m'étant contenté de l'accès par le haut en suivant le sangle des belles ombres, je n'ai pas de photos de ce monolithe vu du bas.



L'accès par le sangle des belles ombres (en Chartreuse, les sangles sont ces grandes vires entre deux barres rocheuses que l'ont peut suivre sur de très longues distances) réserve déjà quelques arbres intéressants.


C'est étonnant d'observer la similitude de forme entre l'arbre vivant et son voisin mort. Pourquoi l'un est toujours vivant alors que son alter égo est mort? Mort peut-être, mais toujours présent:


 A 1700 m d'altitude, le 4 juin, les crocus commencent à peine à s'ouvrir. On est en 2013:


L'arrivée à sommet des "griffes de l'ours" est assez facile à repérer. Il faut rejoindre un joli dôme de calcaire gris strié de cannelures bien marquées:


Mon idée était d'aller voir dans la paroi si quelques jolis pins à crochets se nichent dans ce rocher. Plusieurs voies d'escalade parcourent cette falaise. Il est donc facile de profiter des points d'assurance en place pour descendre en contrebas du sommet avec une corde.
Arrivé sur le dôme et préparant mon matériel, je suis accueilli par un puissant sifflement. Une marmotte qui a certainement connu des printemps plus agréables, signale ma présence à ses congénères:


Comme souvent dans ces parois rocheuses, il y a de très beaux arbres qui suitent littéralement des cavités du calcaire.
Tel ce genévrier qui semble suivre le mouvement des cannelures:


Ou ce petit pin qui exprime si bien la solitude, au dessus du monde des hommes (le monde des hommes étant Chapareillan en l'occurrence...):


Mais ces lieux restent hostiles. Et c'est bien pour cela que les pins à crochets viennent se réfugier ici, là où aucune autre espèce ne viendra les concurrencer.
En témoigne cet arbre qui a certainement été foudroyé plus d'une fois:


Je ne me lasse pas de la beauté graphique de ces bois morts, et de cette fabuleuse patine du bois qui exprime la vieillesse si magnifiquement:



La moindre cavité suffit à un arbre pour se développer:


Quand je regarde ces falaises, je me dis qu'il doit y avoir tellement d'arbres magnifiques à découvrir ,qui se cachent dans les replis de ces montagnes, et que je ne les verrai certainement jamais. Parce qu'ils sont plus ou moins inaccessibles, parce que le temps manque, et pour pleins d'autres raisons. Alors autant se dire qu'avoir la chance de croiser un bel arbre est comme une rencontre inattendue, toujours un peu due au hasard, si seulement on croit au hasard! Et c'est finalement très bien comme ça:



Et quand on voit que même un arbre de quelques centimètres mais pourtant déjà bien âgé et plein d'abnégation peut vous apporter beaucoup d'émotion, alors il est fascinant d'imaginer toute la beauté que recèlent ces montagnes:



Après être remonté au sommet et en repartant vers le sangle des belles ombres en sens inverse, j'ai juste pris le temps de photographier cet arbre littéralement écrasé par la neige. Impossible de rendre compte de sa complexité avec une photo. Il faut le voir "en vrai" pour appréhender toute sa complexité et essayer d'imaginer tout ce qu'il a vécu:


Quelques arbres vivants et morts, sur le chemin du retour.




Une des multiples raisons pour lesquelles j'aime ces endroits est qu'ici la vie côtoie la mort sans s'en détourner. Les témoignages du caractère fragile de la vie sont omniprésents, et nier cet état de fait paraît bien vain quand on observe cette si belle nature. Alors oui, ces arbres sont pleins d'une sagesse qui est bien absente de nos sociétés modernes. Nous gagnerions beaucoup à tirer quelques enseignements de ce monde qui ne triche pas avec le temps qui passe.

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